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La Galerie d'Art

Exposition Céline Bardou

Par SOPHIE BACH, publié le lundi 28 juillet 2014 12:24 - Mis à jour le mardi 29 juillet 2014 10:38

MAI / JUIN 2014

A TRIBUTE TO FRIDA KAHLO

 

Œuvres photographiques de Céline Bardou

Cette exposition photographique résulte d’un travail personnel autour de l’artiste mexicaine Frida Kahlo. Elle est constituée d’une série d’autoportraits photographiques de l’artiste Céline Bardou « en Frida Kahlo ». L’autoportrait est un genre de représentation de soi et non une représentation fidèle de la réalité. D’une certaine manière, l’artiste se met en scène et se donne à voir au spectateur. L’autoportrait est aussi une façon pour l’artiste de se questionner sur qui il est.  La problématique déjà fort ambivalente de l’auto-figuration se charge d’ambiguïté lorsqu’il s’agit, comme ici, d’emprunter l’apparence d’une autre pour se présenter soi-même. Se raconter en choisissant l’univers d’une illustre grande sœur comme Frida Kahlo ou raconter Frida Kahlo en lui prêtant un nouveau corps ? Est-il nécessaire de savoir qui des deux artistes, Céline Bardou ou Frida Kahlo, donne vie à l’autre, tant les univers de chacune s’interpénètrent ?

Si Céline Bardou décide, pour un temps, de régler son pas sur celui de Frida Kahlo, c’est qu’elle a trouvé en elle une incroyable capacité à exprimer une part d’humanité toute féminine. Diego Rivera, le compagnon de Frida Kahlo, l’a formulé de manière très juste :

 « Elle est la première femme de l’histoire de l’art à avoir repris avec une sincérité absolue et impitoyable, et l’on pourrait dire avec une impassible cruauté, les thèmes généraux et particuliers qui concernent exclusivement les femmes ».

Céline Bardou rejoint Frida Kahlo lorsqu’elle affiche son désir d’une liberté d’expression totale et refuse d’être rangée dans une catégorie qui pourrait en limiter la portée. La forme choisie, des photographies imprimées sur toile, entretient cette confusion entre deux genres, peinture et photographie. Le support, la toile tendue sur un châssis, traditionnellement assigné à la peinture, permet la matérialisation de ces images numériques.

La théâtralisation de soi, déjà effective, dans les nombreux autoportraits que nous offre la peinture (Rembrandt, Van Gogh… pour ne citer qu’eux), perdure avec force dans l’art photographique. En 1840 déjà, Hippolyte Bayard, un pionnier de la photographie, se met en scène dans son  Autoportrait en noyé.  De nombreux plasticiens, en particulier depuis les années 1970 (Eleanor Antin, Pierre et Gilles, Yasumasa Morimura…) ont adopté ce  médium, ainsi que la vidéo, pour s’auto-représenter (maquillage, costumes, masques et prothèses) avec des autoportraits faussés rendant souvent leur visage méconnaissable.

L’artiste américaine Cindy Sherman se réapproprie de manière critique les apparences sexuelles et sociales de notre société contemporaine, se servant d’elle-même comme modèle et ayant recourt à de nombreux déguisements.Chez ces plasticiens du XXème et XXIème pratiquant la photographie, les références à la peinture sont omniprésentes. Ici également et d’autant plus, puisque Céline Bardou évoque le travail d’une artiste peintre.

« Le morcelé », « le fragmentaire », « le disjoint » présents dans les tableaux de Frida Kahlo, apparaissent dans les photographies exposées ici. L’ordinateur permet cela. Créer un tout avec des emprunts, agréger des éléments disparates, assembler les discordances d’échelles et de textures, incorporer les mots à la représentation.

Frida Kahlo aurait peut-être aimé cet outil numérique capable de dresser un tout solide avec des fragments hétéroclites.Pas moins de deux assembleuses d’images donc, pour célébrer ici l’amour, la vie et la mort sur un mode spectaculaire, fait de surabondance et d’excès. Les imprimés chamarrés choisis par la photographe, font écho à la végétation vigoureuse et envahissante des portraits de l’artiste mexicaine. Céline Bardou adjoint les mots à l’image comme Frida Kahlo dans ses tableaux, sous la forme d’encarts ou de phylactères, ajoutant encore du sens à cette débauche d’effets visuels qui finalement s’équilibre, maîtrisée par la sensibilité et le métier de ces deux femmes artistes.

Le crâne, le squelette, sont figurés de nombreuses fois, sous la forme d’une ombre rose sur un trottoir, d’une poupée ou encore d’un masque, renvoyant à la conception festive de la mort, ancrée dans la culture mexicaine depuis la tradition aztèque pour laquelle les têtes de mort, conservées comme trophées, symbolisent à la fois trépas et renaissance.

Ce monde, dans lequel se dissipent les limites entre trivial et sacré, supporterait sans doute le terme de « réalisme magique », désignant habituellement la littérature latino-américaine dont Gabriel Garcia Marquez fut l’un des plus éminents représentants.

« L'atmosphère était si humide que les poissons auraient pu entrer par les portes et sortir par les fenêtres, naviguant dans les airs d'une pièce à l'autre. »

                                                                          G.Garcia Marquez, Cent ans de solitude.

Ce monde, ici partagé par Céline Bardou et Frida Kahlo, interroge notre relation au réel et à l’imaginaire. La fiction est-elle un moyen d’évasion de la réalité ou un détour pour aller paradoxalement au plus près de son essence ?

                                 Bonne visite.

                                                                             S.Bach