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La Galerie d'Art

Exposition des oeuvres d'Isabelle Bourzat

Par SOPHIE BACH, publié le lundi 11 novembre 2019 19:57 - Mis à jour le mardi 12 novembre 2019 09:17
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Présentation de l'exposition. VERNISSAGE LE JEUDI 19 DECEMBRE à 17H30.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LIGNES DE PARTAGE 

Découpe, parcelle, surfaces rabattues, grain, transparence, étagement, proche et lointain, lignes de  partage…

En place de phrases construites, dresser une liste de mots parait convenir davantage à la définition de l’univers singulier d’Isabelle Bourzat. Est-ce parce qu’ici l’on ne raconte pas, ou si peu ?

La division prévaut. Ici, dans la réserve et la retenue, on juxtapose, on empile.

Les murs de la galerie sont divisés par les surfaces imposantes des tableaux, étendues souvent rugueuses qui s’adressent d’abord au nez et aux doigts avant d’intéresser nos yeux. La terre, l’humus, la condensation, la roche calcaire, les embruns. Ces surfaces peintes sont également divisées en bandes, des lignes de partage sont tirées, latéralement, imposant un horizon, annonçant un paysage.

Les formats sont majoritairement verticaux, plus hauts que larges donc, proportions traditionnellement dédiées à l’art du portrait, le choix n’est pas fortuit, il induit un sens de lecture, il nous met dans l’attente d’une figure, d’un face à face avec un semblable. De ce fait, les lignes latérales répétées qui structurent les images font contre-sens, elles martèlent un horizon et l’abolissent en même temps.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

LE PAYSAGE EN QUESTION

 Si la reconnaissance se fait, celle d’un vaste morceau de nature ouvert sur le lointain, avec son ancrage  dans le sol et tout en haut son ciel, si nous sommes pris indéniablement dans l’illusion de voir se déployer un paysage, un mouvement inverse défait la représentation et nous confond. Le paysage annoncé disparaît au profit d’une surface plane, un étagement vertical de matière ductile, épaisse et crayeuse par endroits, allongée et translucide ailleurs.

 

Ces variations de textures mettent en tension l’immédiateté  et la permanence. Une averse soudaine, un épais brouillard  nappent les parties solides et rappeuses de la représentation. Comme dans les estampes japonaises ukiyo-e (que l’on peut traduire par « images d’un monde flottant »), on y apprécie la présence simultanée de l’immuable et de l’éphémère.

 

Isabelle Bourzat œuvre dans cette zone intermédiaire. Elle nous engage à reconnaître et à nous défaire aussitôt de cette reconnaissance. Ses images nous aspirent dans le lointain, comme dans les paysages de Caspar Friedrich où la nature domine par sa puissance et sa démesure, une immensité dans laquelle les différentes strates apparaissent comme autant de plans successifs, du plus proche en bas du tableau au plus lointain en haut. Puis cet enfoncement de la surface, sitôt ressenti, se substitue à une autre expérience, celle de la frontalité, le plan se rabat en une stratification toute verticale qui s’apparente davantage à une coupe géologique.

 

        

 

 

  

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 DU PAYSAGE AU TERRITOIRE 

Les images d’Isabelle Bourzat sont alternativement ancrées au bord inférieur du tableau comme tenues au sol par la force de gravité et délivrées de l’apesanteur comme  affranchies d’une lecture verticale, jouant librement avec les quatre bords du cadre.  Car la question du paysage n’est pas celle du pittoresque, de la représentation fidèle d’un site, mais celle d’un rapport au réel subjectif et absolu.  En rendant l’illusion manifeste, en révélant ses ficelles par la mise en avant de la constitution plastique de l’oeuvre, en l’occurrence ici la matière qui affleure, qui déjoue la profondeur comme les Matériologies de Jean Dubuffet et le cloisonnement marqué des différentes zones du tableau d’un Paul Sérusier ou d’un Félix Vallotton, l’artiste ne nous déçoit pas. Au contraire, cet exercice délicat fait porter l’attention sur les composants de l’image, ses effets, le plaisir sensoriel qu’ils nous procurent, nous mènent plus loin que la satisfaction de la reconnaissance du réel, la rassurante identification d’une chose connue.

 

C’est ce qui apparaît, semble-t-il, dans les propos de l’artiste elle-même : « Au commencement il y a peut-être la violence de ce vent qui charge le ciel de l'orage à venir, cette lumière qui s'attarde, ces champs qui dansent au soleil, ces entrelacs qui dessinent sur la roche des invitations aux voyages, ces fragments de couleurs qui s'échappent dans la brume, cette montagne qui hausse les épaules aux lueurs du jour naissant… Goûter tous ces bruissements. Et dans le travail avec la toile, au cœur de la matière, en quête de ces empreintes de vie, faire jaillir les strates du dedans, du dessous, du lointain, dresser ma cartographie émotionnelle, au creux des murmures et des craquements des mondes qui falaisent. »

 

                                                             Bonne visite

                                                       S. Bach

 

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